A
l'endroit, à l'envers... L'oeil se perd du sujet au support,
dans les replis du temps et des chasubles. De l'aléatoire
accepté comme tel et recomposé Pierre Pécoud
se joue, maîtrise les accidents et impose sa marque. La
peinture se manifeste alors, luttant contre la trace symbolique
d'un vêtement religieux passé au crible des possibles,
observé pour mieux disparaître. D'une forme primaire
respectée, la montgolfière du terrestre s'empare
de l'espace, tente de briser les frontières au cur
desquelles l'artiste s'impose à la cloisonner. L'ascèse
formelle impose des contraintes et place l'uvre au delà
de la virtuosité du geste et du Beau. Quête philosophique
dont la matière traduit les hypothèses intellectuelles.
En déclinant la forme, l'artiste laisse vagabonder la
pensée, entre les multiples lectures de l'Idée.
Au gré des formats, le lisse agencement des tissus veloutés
et des bruts pigments laisse émerger ses fêlures.
Apparition/disparition... Elle dresse les pistes d'un parcours
pictural guidé par l'immuable triptyque de la chasuble.
A ses trois épaisseurs désacralisées répondent
les prosaïques supports de sacs de Farine. Les strates
successives donnent naissance aux multiples épisodes
d'une peinture archéologique. Là où s'estompe
le motif du textile, celui des sinuosités de la colle
apparaît au creux des replis.
D'un
regard mouvant, les reliefs surgissent, les subtilités
se délivrent de la masse et les séries s'apprivoisent
- plus justement, elles offrent à la perception les
nuances douces et violentes d'une peinture palimpseste. Supports
et matières, pigments bruts et
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organiques scories, somptueuses étoffes et parements
altérés, l'oeuvre de Pécoud oscille sur
la corde raide et exaltante d'une même histoire. Réconciliant
art pariétal contemporain et sophistication dans l'authentique,
il nous raconte la communication des inconciliables.
La
peinture murmure ses pistes. Elle les impose en évidences.
Parfois, le tactile intervient, comme un alphabet Braille
à caresser du bout des yeux. Le détail entrevu,
arraché aux textiles vibrants, s'élance alors
vers une rupture nouvelle, transgressant les perspectives
et le point de vue du spectateur. Verticale, horizontale,
la séparation se manifeste, déchirure qui tend
à rompre l'harmonie. Sous le prisme déformant
de cette composition, la structure initiale devient autonome
et vivante, résonne des vibrations de la matière
et s'arrache au support. Le peintre se la réapproprie
alors, la retenant par des jeux d'ombres, la rattrapant par
des cernes noirs.
La
démarche n'est pas encore parvenue à son terme.
Pierre Pécoud ne se sépare pas de l'idée
fixe qu'est devenue la chasuble. Le support a ici son mot
à dire et la lutte est constante pour en accepter les
règles du jeu. A l'origine de l'aventure, il est aussi
la condition pour mener à bien l'exploration de l'envers
du décor. Comme la reconstitution méthodique
de ce qui préexistait et qui fut transformé.
Sylvie
Milczach
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